• 1 Parti-pris ; mauvaise foi

     

    Le parti-pris, la mauvaise foi…que sont l’un et l’autre ? la mauvaise foi est-elle le corollaire du parti pris, peut-elle exister sans lui ?  le parti pris est-il de la mauvaise foi ? Le résultat d’une éducation ?

     

     

     

     

    Le parti pris, la mauvaise foi

     

     

     

    Voici les définitions qu’en propose le dictionnaire

     

     

     

    Parti pris : Choix arbitraire, opinion préconçue. Expression synonyme du terme a priori. Caractérise une décision inflexible qui est davantage due à l'éducation reçue qu'a une observation impartiale des faits.

     

    La mauvaise foi : Indécence caractérisée par une volonté daffirmer un propos que lon sait foncièrement faux ou injustifié (linterlocuteur en est également conscient), mais que lon continue à clamer comme la vérité.

     

    Nous discutions, il y a peu, avec un ami du ‘’parti-pris’’ et celui-ci me disait que le parti pris entraine la mauvaise foi.

     

    A priori il me semblait que oui. Quelqu’un qui a arrêté une opinion, pour lui essentielle, est peu enclin à écouter qui cherche à lui prouver ou démontrer le contraire. Son parti ayant été pris il aura tendance à faire converger vers lui toutes sortes de faits et d’observations personnelles censées appuyer ou conforter  son choix. En cela la dérive vers la mauvaise foi, qui refuse de reconnaitre ou d’analyser les arguments qui peuvent lui être opposés, devient logique. Surmonter son parti-pris pour admettre le point de vue de son contradicteur demande un effort sur soi-même et un recul qui sont le fruit d’une éducation reçue, et la reconnaissance de la pensée d’autrui comme égale en valeur à la sienne propre.

     

    Cependant le parti-pris entraine t’il automatiquement la mauvaise foi ? Et la mauvaise foi peut-elle exister sans parti-pris ?

     

    Je possède chez moi, à la montagne, 2 beaux pommiers qui, chacun, se font un point d’honneur de produire plus de pommes que son voisin. Il en résulte des boisseaux de fruits que même les tartes de Bernadette n’arrivent pas à absorber et, au final, nos estomacs non plus. L’abondance peut devenir un handicap. Que faire des surplus de pommes ? Heureusement jamais à court d’idées, je me suis procuré un alambic, et, malgré la défense des gabelous, j’ai distillé. Le résultat n’était sans doute pas digne du palais de Bocuse, mais il me semblait, à moi, qu’il était fort honnête. Bernadette l’ayant gouté elle aussi émis un avis allant dans le même sens mais, souhaitant à priori la paix dans son ménage, son avis n’était peut-être pas impartial. Sommes-nous dans le parti pris ou dans la mauvaise foi diplomatique ? Le doute m’ayant saisi je décidai de trouver un tasteur plus fiable.

     

    Précisément l’occasion se présenta en la personne d’un ami qui a l’habitude des avis tranchés et des opinions abruptes, un discours sans fioritures, un avis à prendre en compte. Je lui offris dans un petit verre aux formes tarabiscotées, le précieux alcool, anxieux tout de même du résultat… Horreur !

     

    ‘’C’est du tord boyaux’’ s’écria t’il.

     

    Du tord boyaux mon calva ! Mon amour propre en prit un coup, ma confiance dans mes capacités de bouilleur de cru plus encore, et que dire de mon palais…

     

    Mais cet épisode me fit par la suite réfléchir. Avant de proposer le petit verre aux formes tarabiscotées, j’avais précisé que le contenu était de ma fabrication. Jusqu’où les ‘’à priori’’ qui accompagnent notamment les alcools de fabrication artisanales n’avaient-ils pas eux-mêmes déformés l’analyse, et le constat en découlant, du goûteur. Le goût de ce dernier n’était-il pas le fruit d’une éducation reçue au travers de film comme ‘’les tontons flingueurs’’

     

    ‘’On a arrêté d’en fabriquer, y’en a qui devenaient aveugles’’

     

    Ou des blagues comme

     

    ‘’Quand il fait pipi les éclaboussures font des trous dans les chaussures’’.

     

    Le jugement rendu sur ma production était-il le résultat d’un parti-pris ?  Ou bien était ce de la mauvaise foi ? C’est-à-dire une volonté d’être désagréable alors que le produit était bon ?

     

    Pour le savoir j’eus recours à un stratagème simple. Je transvasai mon alcool dans une bouteille de calva et le vrai calva dans une de mes bouteilles. Et j’ai fait gouter à différentes personnes l’une puis l’autre bouteille. Le résultat à toujours été le même. Ayant gouté le vrai calva dans la fausse bouteille chacun s’est écrié au tord boyaux, par contre ma production dans la bouteille de calva a eu du succès.

     

    ‘’Ah ! C’est par là qu’il fallait commencer.’’

     

    On voit par-là que les ‘’à prioris’’ sont puissants et peuvent fausser le jugement au point d’altérer le goût. De bonne foi, chacun a été persuadé que le vrai calva était de la gnôle et ma distillation une pure merveille, (là j’exagère un peu).

     

    Quand la conviction est profonde elle devient preuve et altère le jugement. Au-delà de cet exemple combien de jugements ou d’opinions publiques ont condamné sur ces ‘’à prioris’’. En ce moment passe le ‘’j’accuse’’ de Polanski. Les militaires qui l’ont condamné étaient d’une grande mauvaise foi. Ils savaient Dreyfus innocent mais n’ont pas hésité à le jeter en pâture à la vindicte publique qui elle, de bonne foi, mais bourrée ‘’d’à priori ‘’ anti juif, l’ont aussitôt condamné.

     

    On voit que la mauvaise foi n’est pas synonyme ‘’d’à priori’’ ou n’est pas forcement son corollaire.  La mauvaise foi a pleine conscience de la fausseté de ses affirmations dans le but de servir ses intérêts, mais elle fait semblant de faire croire qu’il s’agit de la vérité, quand bien même l’interlocuteur ne serait pas dupe. Dans les tribunaux les avocats ne sont pas tenus de dire la vérité, dans le but de servir leur client. Ils peuvent donc être de fort mauvaise foi, et le cas se répète souvent, à charge pour la partie adverse de prouver le contraire. Chacune des 2 parties sait quel degré de mauvaise foi empreint le discours de l’adversaire y compris le juge lui-même, mais tant que l’on reste dans le cadre de la loi il n’y a pas faute. La justice est basée sur la loi écrite et pas du tout sur l’équité comme son nom pourrait le faire croire. La mauvaise foi est dans le libellé même de ce mot au fronton des palais de justice.

     

    Un maitre dans ce domaine était Louis XI, connu pour sa mauvaise foi, ses mensonges, et ses coups tordus. Pour lui l’intérêt du royaume de France était supérieur à l’honnêteté.

     

    Dans ces derniers exemples les ‘’à priori’’ ont disparus et ne guident plus la conduite des gens de mauvaise foi. Dans la mauvaise foi le calcul l’emporte et sert un objectif clairement identifié pour celui qui l’utilise. Dans ‘’l’à priori,’’ il n’y a plus de calcul, l’opinion préconçue obnubile l’esprit de celui qui en est victime, l’empêchant d’accéder à la pensée d’autrui transformant la sienne en carcan.

     

     

    Cher penseur,

    Pas mal du tout, ton petit exposé. Amusante, ta démonstration par l'eau de vie. Je soulignerai la nuance péjorative du mot "parti pris". Quand on dit à quelqu'un "Vous êtes de parti pris" , ça veut dire "on ne peut pas discuter avec vous". Aspect négatif qui n'est pas dans les expressions "décision irrévocable", "prise de position", ou "intime conviction". Le type de parti pris a peut-être raison, mais ne démord pas de son point de vue. Alors que le type de mauvaise foi sait qu'il a tort, mais comme tu le dis très bien, refuse de changer d'avis par orgueil, arrogance ou bêtise. Ou alors pour faire avancer le shmilblick. Chercher des arguments de mauvaise foi pour défendre un point de vue qu'on n'a pas peut être une façon de débloquer une situation (le théâtre forum fait ça), d'aider l'autre à évoluer, d'avancer des pions tellement irrecevables qu'on soit acculé à changer de position, à trouver d'autres solutions. On dit "se faire l'avocat du diable", ce que font tes avocats pour défendre un criminel.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 21 Février 2020 à 10:23

     le commentaire ci-dessous n'a pas été posté directement sur le blog mais sur mon mail.  Je le publie avec l'autorisation de l'auteur.

     

    Au sujet de cet ami brut de coffre dans ses opinions, en qui tu as une appréciation estimée définitivement acquise, ne serait donc pas exempt d’a priori ! Disons qu’avoir un avis tranché ne signifie pas automatiquement avoir la vérité et n’épargne pas chez celui qui posséde ce tempérament de posséder des parti pris.

     

    Grâce au froissement de ton amour propre, parfois bon conseillé, tu es allé chercher la vérité ailleurs.

    Très judicieuse  ta  ruse auprès d’autres personnes !

    L’expérience a donné raison à ton présupposé : le pardi parti peut dénaturer son propre jugement.

     

    La suggestion – une étiquette de bouteille – formate le jugement en parti pris, ce qui déclenche la spirale des a priori, qui eux écartent  de ses propres sensations, et,  au final produisent des réactions (paroles, gestes, etc.) en inadéquation avec soi-même, loin de la réalité de la chose vécue – le calva goûté en l’occurrence.

     

    Pour en avoir le cœur net sur la qualité de ton calva pourrais-tu le faire analyser, le faire goûter à un connaisseur réputé comme tel, sans a priori bien sûr.

     

     

    Je pense en effet que l’utilisation de  l’a priori peut être le fait du stratège qui veut avoir gain de cause –tel que l’avocat, de l’ignorant qui a honte de ne point savoir, du manipulateur qui veut faire passer des vessies pour des lanternes, des dictateurs qui veulent le pouvoir, du faible qui veut être aimer, ainsi de suite .

    La mauvaise foi se révèle  lorsqu’est remis en cause le parti pris de celui qui le prend. Il y en a des volontaires, il y  en a des conscients, il y en aussi  des inconscients …

    Ces temps de remous sociaux, ces moments quotidiens de joutes politiques, ces jours de campagne pour les municipales sont une pépinière de parti pris, sont une foison de mauvaise foi.

    Regarde les effets des étiquettes [politiques] sur le jugement des citoyens …

     

    De guerre lasse je bataille contre les a priori, les miens puis ceux des autres, avec quelques succès  mais aussi avec beaucoup d’échecs.

     

    Mes nouveaux 70 ans me conférant – a priori – l’art de la sagesse me donneront- ils le pouvoir d’une meilleure connaissance pour encore et encore améliorer un mieux vivre avec moi-même et avec les autres … sans a priori mais avec le parti pris de ne pas se laisser emprisonner dans les a priori.

    Tel est mon parti pris pour les 30 ans au minimum qu’il me reste à vivre.

    SPP

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